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La thérapie LI-ICV chez l'enfant et l'adolescent

Cette fiche détaille la mise en œuvre concrète de la LI-ICV chez l'enfant et l'adolescent : les raisons de consulter, la place des parents dans la thérapie et le déroulement de l'accompagnement selon l'âge. Comme chez l'adulte, la ligne du temps et ses répétitions restent au cœur du travail.

Les principes généraux de la LI-ICV (la ligne du temps, la mémoire implicite, la fenêtre de tolérance) sont expliqués dans la fiche consacrée à l'adulte.

Les raisons de consulter

Chez votre enfant

  • débordements émotionnels massifs, ou au contraire retrait et inhibition ;
  • troubles du sommeil ou de l'alimentation ;
  • difficultés relationnelles ;
  • difficulté à mettre des mots sur ses ressentis ;
  • difficultés de concentration et d'apprentissage, agitation ;
  • mises en danger ou comportements agressifs.

Dans la famille

  • conflits relationnels répétés, difficultés pour chacun à trouver sa place ;
  • épuisement parental ;
  • séparation parentale ;
  • deuil ou maladie grave, chez l'enfant ou dans la famille.

Ainsi que tout événement traumatique ayant marqué l'histoire familiale : accouchement difficile, dépression du post-partum, grande prématurité, longue hospitalisation, accident, agression, ruptures brutales (adoption, parcours migratoire, séparation d'une figure d'attachement), ou un environnement insécurisant durable (climat de violence au domicile, difficultés financières, traumatismes non résolus chez les parents…).

Ce que traite la LI-ICV chez l'enfant

  • les traumatismes dits « simples », survenus une fois, avec un début et une fin (un accident de voiture, un attentat, une agression, une catastrophe naturelle…) ;
  • mais aussi les traumatismes répétés, qui s'accumulent au fil du temps, ainsi que ceux liés aux premiers temps de la vie, au cours des 1000 premiers jours.

    Ces expériences peuvent être vécues par l'enfant lui-même ou par ses proches : séparations prolongées, insécurité affective durable… Lorsqu'elles surviennent dans les toutes premières années, elles ne laissent aucun souvenir conscient, et c'est souvent ce qui rend les symptômes de l'enfant si déroutants.

Les spécificités du travail avec l'enfant et l'adolescent

Le cerveau de l'enfant et de l'adolescent est encore en pleine construction : les traumatismes y sont encore « en cours d'installation ». Il est donc possible d'agir tôt, à la source, et de réduire le risque que ne se développent plus tard, à l'âge adulte, des symptômes de mal-être une fois le traumatisme complexe installé.

En tant que parents, vous êtes les principaux alliés thérapeutiques : vous êtes présents et pouvez agir dans l'ici et maintenant, pour réparer si besoin ce qui a été abîmé dans la relation ou dans l'histoire de votre enfant. Vous occupez une place essentielle dans la thérapie, où vous êtes considérés comme des co-thérapeutes à part entière.

Les différents membres de la famille pouvant être reçus au cours de la thérapie, le travail vise des améliorations pour chacun : mieux réguler ses émotions, intégrer les événements difficiles pour qu'ils pèsent moins sur le quotidien, restaurer la sécurité affective dans le présent et retrouver des relations plus harmonieuses.

Concrètement, comment se déroule ce type d'accompagnement ?

Première étape : le travail avec les parents

Deux axes de travail guident cette phase.

  • D'abord, sécuriser votre enfant dans le présent, à la maison comme dans ses activités extérieures. Si des facteurs de stress restent très actifs aujourd'hui (un conflit de couple houleux, un harcèlement scolaire toujours en cours, etc.), la priorité est de mettre en place des actions pour sécuriser ce présent. En effet, les traumatismes du passé se traitent plus difficilement tant que la sécurité du présent n'est pas acquise.
  • Ensuite, restaurer ou préserver une relation harmonieuse entre vous et votre enfant. Ses symptômes peuvent être difficiles à vivre : on peut se sentir impuissant, triste ou agacé, et avoir, sans le vouloir, des réactions qui entretiennent son insécurité. Cela peut être de l'évitement, comme céder à tout pour préserver le calme, ou au contraire une réaction en miroir, comme crier quand il crie. Il est alors essentiel de vous aider à retrouver confiance en vos compétences parentales et à vous sentir plus solides, pour renouer avec vos propres capacités de régulation émotionnelle et pouvoir vous ajuster aux besoins de votre enfant.

Pour cela, plusieurs entretiens sont nécessaires avec chacun de vous, afin d'évoquer les difficultés actuelles et l'histoire de votre enfant. J'utilise différents protocoles LI-ICV selon les besoins identifiés. Même s'il s'agit d'entretiens individuels sans lui, votre enfant reste toujours au cœur de la thérapie. Nous passons à la deuxième étape une fois la sécurité du présent acquise et lorsque vous vous sentez plus solides émotionnellement.

Un exemple pour comprendre l'importance de cette première étape

Prenons un enfant de 4 ans, issu d'un parcours de PMA, qui manifeste beaucoup d'agitation et d'agressivité à l'école. L'un des parents a un lien génétique avec l'enfant, l'autre non. Tous deux ont traversé un parcours long et difficile avant sa naissance, et gardent un malaise important lorsque l'enfant pose des questions sur ses origines (« Je n'arrive pas à lui dire qu'il ne porte pas mes gènes »).

Or l'enfant ressent ce malaise, sans pouvoir le comprendre ni le nommer. Ne trouvant pas d'espace pour poser ses questions, il exprime alors son insécurité par son comportement, ici par l'agitation et l'agressivité.

La question n'est donc pas tant le contenu à transmettre que la façon dont la situation est vécue par les parents : s'ils parviennent, une fois accompagnés, à lui expliquer son histoire avec calme et sérénité, une grande partie du chemin sera faite. L'enfant pourra alors faire l'expérience d'entendre son histoire dans des conditions où ses parents sont émotionnellement disponibles et capables d'accueillir ce qu'il ressent.

Deuxième étape : la résolution du ou des traumatismes chez l'enfant ou l'adolescent

Cette phase dépend étroitement de l'âge de l'enfant.

  • Chez les tout-petits (0-3 ans) : le travail se fait uniquement avec les parents, de manière indirecte, car la régulation émotionnelle de l'enfant de cet âge dépend entièrement de la leur. L'accompagnement s'achève donc le plus souvent à l'issue de la première étape.
  • Chez l'enfant plus grand, de 4 ans à la préadolescence : l'enfant est reçu en alternance avec l'un des parents, et parfois la famille est réunie. Une ligne du temps est co-construite en séance, à partir de ses souvenirs, souvent à l'aide de supports visuels : photos, collages, dessins. Le travail passe aussi par le corps : cette ligne peut être matérialisée au sol, et l'enfant avance le long de celle-ci pour éprouver physiquement le passage du temps. Pendant qu'il marche, le parent présent la lui lit, en ajoutant des éléments pour enrichir le récit autobiographique. L'enfant peut poser des questions et exprimer ses ressentis à tout moment. Il entend ainsi son histoire auprès d'un parent disponible et régulé, ce qui l'aide à retrouver un sentiment de sécurité.
  • Chez l'adolescent : il est le plus souvent reçu seul, après le travail préalable mené avec les parents. Comme chez l'adulte, la ligne du temps se construit et se lit en séance avec moi. En fonction des besoins et des problématiques identifiées, les parents peuvent être invités à des séances parent-enfant, et le lien avec eux est maintenu tout au long de cette étape.