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La thérapie LI-ICV chez l'adulte

La LI-ICV permet d'aborder deux axes : le traitement d'un événement traumatique isolé, et un travail de fond sur des difficultés plus anciennes, qui se manifestent par des symptômes multiples dans le présent. Cette page détaille les deux, pour mieux comprendre l'approche avant de se lancer.

1. Le traitement d'un événement traumatique isolé

C'est-à-dire un événement arrivé une seule fois, qui a un début et une fin. La LI-ICV permet alors un accompagnement bref, de quelques séances seulement.

Un exemple concret d'un traitement de stress post-traumatique (SSPT)

Il s'agit d'une prise en charge tirée de ma pratique hospitalière. Pour des raisons déontologiques, certains éléments factuels ont été volontairement modifiés ou floutés afin de préserver l'anonymat de cette famille.

Clara est une petite fille au développement tout à fait classique jusqu'à ses 3 ans, dans une famille monoparentale décrite comme heureuse et paisible. Et puis un jour, tout bascule. Après une fièvre d'apparence banale, elle ne se réveille pas de sa sieste : inerte, elle ne réagit plus. Hospitalisée en urgence, elle convulse pendant 24 heures, victime d'une encéphalite qui met sa vie en jeu. Pour sa mère, ce sont des heures d'angoisse extrême, où plane la peur de la perdre. Clara survit, mais garde d'importantes séquelles, dont la perte de la parole et de la marche. Elle passe plusieurs jours en réanimation pédiatrique, puis quelques semaines en neuropédiatrie, avant de rejoindre l'hôpital de réadaptation où je travaille, pour commencer sa rééducation.

C'est dans ce contexte que je rencontre sa mère. Depuis cet épisode, elle présente un état de stress post-traumatique : les images des urgences l'envahissent constamment à travers des flash-back, elle se décrit comme « en arrêt sur image », incapable de reprendre le cours de sa vie ni son travail. Pour tenter d'éviter ces manifestations envahissantes, elle passe des heures à scroller les réseaux sociaux et fait des détours en voiture pour ne pas passer devant l'hôpital où Clara a été admise en urgence. Son sommeil est durablement altéré, elle se sent en hypervigilance constante et décrit une grande irritabilité. Peu à peu, elle se referme sur elle-même et n'accepte aucun soutien de son entourage.

Lors de la première séance, nous établissons ensemble une ligne du temps, avec des souvenirs de quelques mois avant le drame jusqu'au présent, en incluant le déroulé précis de la scène traumatique. Je réalise plusieurs répétitions de cette ligne du temps, en veillant à ce que cette mère retraverse l'événement traumatique, mais cette fois en étant en sécurité avec moi dans le présent. À travers différentes adaptations, je m'assure qu'elle reste dans ce qu'on appelle sa fenêtre de tolérance : cette zone d'équilibre émotionnel où l'on ressent ses émotions sans en être submergé, ni avoir besoin de s'en couper. Les émotions contenues jusque-là (colère, injustice, incompréhension) trouvent enfin à s'exprimer lors de courtes pauses.

Puis, à force de réentendre le parcours de sa fille dans son intégralité, elle prend conscience du passage du temps et du chemin accompli, et son corps intègre que la scène des urgences est définitivement terminée : Clara n'est plus entre la vie et la mort, elle a survécu et se remet peu à peu de ses séquelles. L'effet de cette séance est manifeste : les symptômes de SSPT chez la mère lâchent, les images traumatiques ne l'envahissent plus, son sommeil se rétablit et l'hypervigilance s'apaise.

Dans ce cas précis, trois séances suffisent à consolider ce travail, à travers une ligne du temps qui part de cet épisode et à laquelle s'ajoute, à chaque séance, chacun des progrès de Clara jusqu'à aujourd'hui. Cette mère parvient à se reconnecter au présent, perçoit les progrès quotidiens de son enfant, renoue avec ses proches et retrouve l'élan de reprendre son travail, ce qui met fin à l'accompagnement psychologique. Contactée un an plus tard, elle dit que la LI-ICV l'a aidée à « redémarrer » après un profond sentiment de blocage. Clara, de son côté, a retrouvé la parole ; elle garde des séquelles motrices, mais a pu reprendre l'école avec des aménagements.

Chaque situation est singulière ; ce déroulé ne préjuge pas de la durée d'un autre accompagnement.

2. Un travail de fond sur des difficultés plus installées

C'est-à-dire des difficultés diffuses et anciennes, sans événement déclencheur unique identifiable. Le travail porte alors sur l'histoire de vie dans sa globalité : il s'agit d'une psychothérapie à part entière.

Pourquoi le passé pèse-t-il sur le présent ?

De nombreuses difficultés de l'adulte trouvent leur origine dans l'enfance : troubles de l'attachement, expériences douloureuses, environnement insécurisant. Enfant, nous n'avons pas encore les moyens de comprendre et d'analyser tout ce que nous vivons. Mais le cerveau émotionnel, lui, est pleinement fonctionnel : il enregistre tout sous forme de mémoire implicite, laissant dans le corps des traces durables de ces événements.

Le trauma s'accompagne souvent d'un rapport au temps faussé. La tête sait qu'un événement difficile est terminé ; pourtant, le corps continue de manifester son insécurité dans le présent, en résonance avec le passé. C'est ce qui explique, par exemple, des débordements émotionnels qu'on ne comprend pas sur le moment : une part de nous, plus jeune et plus fragile, se trouve réactivée par une situation qui lui rappelle, plus ou moins inconsciemment, un événement ancien. Ainsi, un message d'un proche resté sans réponse peut parfois faire naître une angoisse d'abandon vive et immédiate, sans rapport avec la situation réelle. On peut se représenter cela comme des poupées russes : l'adulte que nous sommes contient toutes les versions plus jeunes de nous-mêmes, qui peuvent se trouver réactivées dans certaines situations.

Ce que permet la thérapie

La LI-ICV favorise une réorganisation du lien entre le corps et l'esprit. C'est là qu'elle agit : on peut avoir longuement analysé son parcours, en comprendre les mécanismes, et voir malgré tout les émotions rester intactes et tout aussi intenses. Elle permet aussi d'intégrer ces différents « États du Moi » (ces poupées russes plus jeunes) dans un tout cohérent et apaisé.

Les effets observés sont concrets :

  • une réduction des symptômes ;
  • un recentrage dans le présent (moins de ruminations sur le passé, moins d'anxiété face à l'avenir) ;
  • un sentiment global d'être plus en sécurité, plus léger face à la charge émotionnelle des événements passés.

Concrètement, comment se déroule ce travail de fond ?

La ligne du temps

Le travail en LI-ICV s'appuie sur un outil central : la ligne du temps, c'est-à-dire une liste de généralement 1 à 3 souvenirs par année, de votre naissance à aujourd'hui. Elle se construit soit ensemble lors des premières séances, soit en autonomie chez vous, selon ce qui vous convient le mieux. Il n'est pas nécessaire d'avoir une mémoire précise ou complète de votre histoire : beaucoup de personnes n'ont que peu de souvenirs, ou des souvenirs flous. Au fil des séances, d'autres souvenirs émergent souvent spontanément et viennent enrichir la ligne du temps. Ce processus aide peu à peu à reconstituer un récit de vie plus continu et cohérent.

Le déroulé en séance

En séance, je vous lis certains souvenirs de cette ligne du temps à intervalles réguliers (par exemple tous les 4 ou 8 ans pour commencer, l'objectif à terme étant de lire un souvenir par an). À l'évocation de chaque souvenir, il vous suffit de vous rappeler qu'il vous appartient : nul besoin de le revoir en détail ou d'en faire surgir une image très précise. En parcourant ainsi le fil de votre vie, de façon répétée, votre esprit reconstitue peu à peu le « film » de votre histoire.

Mon rôle : l'accordage

Je veille à rester en accordage avec votre vécu : c'est-à-dire que je joue à la fois un rôle de contenant et de régulateur, de manière à ce que vous puissiez traverser votre récit de vie sans vous sentir inutilement bouleversé ou débordé émotionnellement. Je m'appuie pour cela sur des moyens de régulation corporelle, qui visent à vous maintenir dans votre fenêtre de tolérance.

Ce qui produit l'effet thérapeutique

Ce sont les multiples répétitions de la ligne du temps, au fil des différentes séances, qui produisent l'effet thérapeutique. En reparcourant le fil de votre histoire, les passages successifs de la ligne du temps prouvent au corps que le temps a passé : votre système corps-esprit assimile progressivement que les événements douloureux du passé sont terminés, et que vous êtes aujourd'hui en sécurité. Écouter son propre parcours fait aussi office de miroir : cela favorise des prises de conscience et un regard plus juste sur son histoire. Dans le travail de fond, l'approche est douce et non intrusive : elle ne nécessite pas de raconter en détail les événements difficiles, quelques mots-clés suffisent.

Vers plus de sécurité au quotidien

À terme, l'effet de régulation installé en séance se généralise peu à peu dans votre vie. L'objectif est d'acquérir une forme de résilience et de sécurité intérieure, en vous maintenant le plus souvent possible dans votre fenêtre de tolérance : devenir capable, peu à peu, de traverser les événements difficiles en accueillant vos émotions et votre vulnérabilité, tout en vous sentant en sécurité intérieurement.

Des protocoles adaptés à vos besoins

Selon vos besoins et l'avancée de la thérapie, certains protocoles spécifiques pourront être utilisés : par exemple pour travailler sur une relation problématique, un stress post-traumatique récent ou un événement perturbant, ou encore pour réparer des difficultés d'attachement et travailler sur la mémoire implicite précoce, qui recouvre les événements des premières années de vie dont il ne reste aucun souvenir conscient.

Pour les enfants et les adolescents, l'approche est présentée dans la fiche qui leur est consacrée.